Aerobuzz parle d’e.Yo Copter

Suite au Salon UGS 2015, Aerobuzz publie un article sur e.Yo Copter :

L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn

Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn ont profité du salon UGS (Unmanned Global Systems) de Bordeaux (14 et 15 octobre 2015) pour dévoiler leur démonstrateur EyoCopter ; un drone à voilure tournante capable de porter des charges de plusieurs dizaines de kilos, équipé d’un système de propulsion qui rappelle celui de l’hélicoptère Djinn.

Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn devant l’EyoCopter 200. En arrière plan, le modèle 400 définitif, sans son moteur mais avec les bras moteur.  © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn devant l’EyoCopter 200. En arrière plan, le modèle 400 définitif, sans son moteur mais avec les bras moteur. © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Deux entrepreneurs, expérimentés mais encore très jeunes dans leur tête, se proposent de bousculer les idées reçues en matière de drone hélicoptère. Après quelques années de développement dans la discrétion Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn présentaient sur le salon leur démonstrateur EyoCopter, qui préfigure à l’échelle ½ le futur appareil de série en cours de fabrication. L’appareil se distingue par son mode de propulsion, avec deux bras moteurs éjectant des gaz chauds pour l’entrainement du rotor. Dans les années cinquante, le SO 1221 Djinn avait connu un beau succès en utilisant un principe relativement similaire, avant de se faire piétiner par l’Alouette II et de tomber dans les oubliettes de l’histoire.

Un exemplaire du Djinn préservé au musée de l’Alat, à Dax. © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Un exemplaire du Djinn préservé au musée de l’Alat, à Dax. © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

« A la différence du Djinn, nous utilisons deux bras moteurs distincts du rotor pour l’éjection des gaz » explique Philippe Barbier, directeur technique de la société. « Sur le Djinn, l’air comprimé circulait dans les pales et il était donc limité en température. Le rendement était pauvre. Avec notre appareil, 100% des gaz chaud du microréacteur, plus de 700°C en sortie de turbine, sont directement envoyés dans les bras moteurs. Une solution rendue possible par notre choix de séparer la transmission de puissance et la portance, offerte par un rotor classique  ». Les bras moteurs sont en inox et pèsent chacun 800g sur le démonstrateur. Une utilisation de l’inconel ou du titane permettrait de gagner quelques centaines de grammes…

L’EyoCopter 400 en attente des pales de son rotor. La ressemblance avec un Shadok est troublante… © EyoCopter

L’EyoCopter 400 en attente des pales de son rotor. La ressemblance avec un Shadok est troublante… © EyoCopter

Le démonstrateur EyoCopter 200 utilise un réacteur JetCat P200 de 200N (20 kg) de poussée. Un moteur allemand déjà utilisé pour les gros modèles réduits ou même les engins cibles. Le modèle de série sera équipé d’un JetCat P400, deux fois plus puissants. Le point faible de l’entrainement du rotor par l’éjection de gaz est connu : le rendement est moins bon et la consommation plus élevée que sur un hélicoptère classique. Mais des avantages existent aussi : l’appareil est beaucoup plus simple car il ne requiert pas de boite de transmission principale (BTP) entre le moteur et le rotor, ce qui se traduit donc par une plus grande légèreté, une meilleure fiabilité et une économie de fabrication et d’entretien. Plus étonnant encore, l’ensemble moteur, rotor, système de pilotage forme un ensemble compact et solidaire qui peut s’installe facilement sur la cellule. « C’est du plug and play » résume Philippe Barbier.

L’EyoCopter fait la démonstration de sa capacité d’emport : 35 kg à vide, 115 kg au décollage. © EyoCopter

L’EyoCopter fait la démonstration de sa capacité d’emport : 35 kg à vide, 115 kg au décollage. © EyoCopter

Si l’EyoCopter 200 est encore équipé d’un rotor anti-couple alimenté par une batterie, l’appareil définitif en fera l’économie et son pilotage en lacet sera assuré par un moteur électrique agissant directement sur le rotor pour l’accélérer ou le freiner. «  Nos essais ont montré que nous aurons assez d’autorité avec ce système que nous avons fait breveté  » assure Philippe Barbier. Un autre brevet déposé pour le EyoCopter concerne la distribution des gaz éjectés par le réacteur vers les bras moteurs.

L’ensemble propulsif, avec rotor assurant la portance, bras moteurs et réacteur placé à la verticale. © EyoCopter

L’ensemble propulsif, avec rotor assurant la portance, bras moteurs et réacteur placé à la verticale. © EyoCopter

Le démonstrateur EyoCopter pèse 35 kg à vide. Il consomme environ 40 litres de carburant à l’heure et ses deux réservoirs de 30 litres lui donne une autonomie de 1h30. La garde au sol offerte par les patins surdimensionnés permet d’emporter facilement une charge volumineuse. L’élingage fait également partie des capacités recherchées. « On n’a pas encore fait d’élingage, mais ça nous démange… » glisse Philippe Barbier. L’EyoCopter a déjà dépassé les cent heures de vol, faisant la démonstration de pilotabilité, de ses performances et de ses qualités de vol. La masse maximale de 115 kg au décollage a déjà été atteinte : 35 kg à vide, 20 kg de carburant et une charge de 60 kg accrochée sous l’appareil.

L’EyoCopter 200 au cours d’un vol d’essais. L’appareil a accumulé à ce jour plus de cent heures de fonctionnement. © EyoCopter

L’EyoCopter 200 au cours d’un vol d’essais. L’appareil a accumulé à ce jour plus de cent heures de fonctionnement. © EyoCopter

Aucun doute pour les concepteurs, l’appareil est pleinement viable et pourrait même décoller à 150 kg. Mais ce n’est encore qu’un début puisque le EyoCopter 400 en cours de fabrication promet des performances en forte hausse. Avec le réacteur JetCat P400 développant 40 kg de poussée, l’appareil de 60kg à vide pourra emporter 300 kg de charge utile. Les premiers vols devraient intervenir l’année prochaine pour cet appareil remarquablement compact et puissant qui intéressera civils et militaires pour des missions de courte durée, d’environ 2h30 maximum. Au-delà, la formule de l’hélicoptère classique reprend clairement la main en rendement et performance. Mais en deçà, c’est à la naissance d’un remarquable tracteur aérien à décollage vertical à laquelle nous assistons !

Frédéric Lert

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